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Monetary Theory Reversed: Virtual Currency Issuance and Miners’ Remuneration

Numéro115
DateFebruary 2018
AuteurLuca Marchiori
Résumé

L’émergence de monnaies virtuelles, dont la plus célèbre est le bitcoin, a attiré beaucoup d’attention au cours des dernières années.[1] Le bitcoin diffère d’une monnaie nationale ayant cours légal et n’est pas régulé par une autorité monétaire.[2] Un algorithme informatique détermine l’émission de bitcoins, qui se produit à un rythme décroissant. Le nombre de bitcoins émis est réduit de moitié environ tous les quatre ans et le total des bitcoins en circulation ne dépassera jamais 21 millions. Les utilisateurs n’ont pas besoin de passer par une institution financière lorsqu’ils vendent ou achètent des articles avec des bitcoins. Les transactions avec des bitcoins sont traitées par des agents privés, les mineurs, qui sont rémunérés avec les frais de transaction et les bitcoins nouvellement émis. Au fur et à mesure que l’émission de monnaie virtuelle décroît, les frais de transaction devront augmenter pour que les mineurs continuent à fournir les services de paiement liés aux opérations avec les bitcoins. 

Cette étude analyse les conséquences d’une diminution de l’émission de monnaie virtuelle et de l’augmentation des frais de transaction qui s’en suit. Elle s’appuie sur un modèle macroéconomique standard en y incorporant (i) un bien supplémentaire, dit ‘virtuel’, vendu en monnaie virtuelle et (ii) des mineurs. Les biens virtuels résultent de la combinaison de biens intermédiaires et de services de paiement fournis par les mineurs. Les mineurs valident les transactions en monnaie virtuelle et sont payés avec de la monnaie virtuelle nouvellement créée et avec des frais de transaction, inclus dans les opérations avec la monnaie virtuelle. L’approche adoptée ici est que les consommateurs achètent les biens virtuels sur une plate-forme associant les biens physiques (intermédiaires) produits par les entreprises intermédiaires aux services de paiement fournis par des mineurs. 

L’analyse se concentre sur les conséquences d’une baisse de la croissance monétaire telle que prévue dans un système de monnaie virtuelle, comme le Bitcoin, où le taux d’émission de nouvelles pièces est initialement élevé et diminue progressivement jusqu’à atteindre zéro.

La principale conclusion de cette étude est que la croissance de la monnaie virtuelle, lorsque les mineurs sont payés avec de la monnaie virtuelle nouvellement créée, peut avoir des effets opposés à ceux prédits par la théorie monétaire standard. Une baisse du taux d’émission de la monnaie virtuelle agit à travers deux canaux. Un premier effet passe par une réduction de la taxe d’inflation émanant de la monnaie virtuelle, ce qui stimule la demande de biens virtuels (sans affecter les prix relatifs des biens). C’est le seul canal par lequel le taux d’émission affecte l’économie lorsque les mineurs sont uniquement rémunérés avec les frais de transaction. Cet effet standard passant par la taxe d’inflation est contrecarré par le mécanisme de récompense, qui apparaît lorsque les mineurs sont également rémunérés avec de la monnaie virtuelle nouvellement émise. A travers ce nouveau mécanisme, une baisse de l’émission de monnaie virtuelle augmente les frais de transaction, ce qui résulte en une hausse du prix relatif des biens virtuels (par rapport aux prix des autres biens de consommation) et en une réduction de leur demande. Des extensions du modèle considèrent les effets de taxes de consommation ainsi que d’une sécurité imparfaite du système de paiement virtuel (la sécurité s’entend comme la proportion d’encaisses de monnaie virtuelle garanties). Ces éléments - taxes de consommation et sécurité imparfaite - renforcent le mécanisme de récompense qui peut dominer l’effet traditionnel lié à la taxe d’inflation. 

Un autre résultat majeur est que les effets de l’émission de monnaie virtuelle sur le bien-être dépendent de la croissance de la monnaie nationale, c’est-à-dire la monnaie émise par l’autorité monétaire nationale. Le bien-être affiche une forme de cloche lorsque l’émission de monnaie virtuelle décroît: il s’améliore d’abord à des taux d’émission élevés, mais se détériore lorsque cette croissance atteint des taux faibles. Plus la croissance de la monnaie nationale est élevée, moins la baisse de croissance de la monnaie virtuelle sera bénéfique pour le bien-être. Enfin, le modèle est calibré et simulé pour des systèmes de paiement virtuel différents (la proportion de monnaie virtuelle nouvellement émise rémunérant les mineurs varie selon les systèmes). 

Le contenu de cette étude ne doit pas être perçu comme étant représentatif des opinions de la Banque centrale du Luxembourg ou de l’Eurosystème. Les opinions exprimées reflètent celles des auteurs et non pas nécessairement la position de la Banque centrale, de ses dirigeants ou de l’Eurosystème.

 

[1] Les monnaies virtuelles appartiennent à la famille des monnaies numériques, incluant toute monnaie stockée et transférée électroniquement. Il n’existe pas de définition unique de « monnaie virtuelle », car ces systèmes de paiement évoluent continuellement (ECB, 2012; IMF, 2016). Dans cette étude, le terme « monnaie virtuelle » désigne toute monnaie numérique acceptée comme paiement pour des biens réels, comme les cryptomonnaies (par exemple le bitcoin). En outre, ce document adopte la convention utilisant un B majuscule (Bitcoin) pour se référer au système de paiement et un b minuscule pour se référer à l’unité de compte (bitcoin). Finalement, qualifier les monnaies virtuelles de « monnaie » est sujet à débat. Certains auteurs soutiennent, en effet, qu’elles ne remplissent qu’imparfaitement les fonctions principales d’une monnaie: unité de compte, réserve de valeur et intermédiaire des échanges (p.ex. Yermack, 2014). Dans le contexte de l’Union Européenne, les « monnaies virtuelles » ne sont d’ailleurs pas considérées comme des monnaies (voir la définition de monnaie dans l’article 2 de la directive 2014/62/UE) et certaines institutions, telles que l’Autorité bancaire européenne, les qualifient de « représentations numériques d’une valeur » (EBA, 2014, p.11, paragraphe 19).

 

[2] En principe, le cours légal s’applique à la monnaie en circulation sur un territoire et signifie que cette monnaie ne peut être refusée en règlement d’une dette. En zone euro, l’euro est la monnaie unique et les billets et pièces mis à disposition par les banques centrales de l’Eurosystème (monnaie fiduciaire) doivent, de manière générale, être acceptés comme moyen de paiement. Par contre, la monnaie scripturale, comme les dépôts bancaires dans des comptes courants, n’a pas de cours légal (p.ex. un créancier n’est pas tenu à accepter un règlement par transfert bancaire).

 

Téléchargement Cahier d'étude 115 (pdf, 3 MByte)