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Publication du Cahier d’études n° 205: The rich, the poor, and the carbon tax
Auteurs: P. GARCIA SANCHEZ et O. PIERRARD
Le changement climatique est un enjeu majeur pour les banques centrales, car il a des répercussions sur l’économie, et donc sur la stabilité des prix, la stabilité financière et la transmission de la politique monétaire. Conformément à son plan 2024-2025, la BCE a affiné son évaluation des risques liés au climat et à la nature, y compris la manière dont ils éclairent les décisions politiques. Notre étude, qui vise à mieux modéliser l'évolution des émissions de CO2 et leurs liens avec les politiques climatiques, s'inscrit pleinement dans ce cadre.
Plus précisément, cet article développe un modèle à plusieurs pays, qui combine une structure de croissance néoclassique avec un module climatique dans lequel la production génère du CO2, qui s'accumule dans l’atmosphère et réduit la croissance. Ce modèle permet d'analyser une éventuelle taxe carbone au niveau mondial. En particulier, il permet d'identifier quels pays seraient en faveur d'une telle initiative et comment leur décision pourrait dépendre de l'horizon retenu.
Les paramètres du modèle sont calibrés à l'aide de données sur la production, le stock de capital et l'utilisation de l'énergie, portant sur plus de 130 pays, ainsi que sur les prix de l'énergie et la concentration de CO2 atmosphérique au niveau mondial.
Trois principaux résultats se dégagent. Premièrement, limiter la hausse des températures nécessite une taxe carbone élevée. Par exemple, avec une taxe de 351$/tCO2, l'augmentation de la température depuis 2021 serait limitée à 0,25°C en 2050 et 1,2°C en 2100. Par contre, une taxe de seulement 37$/tCO2 conduit à un réchauffement de 0,7°C en 2050 et de 3°C en 2100.
Deuxièmement, les pays riches sont moins enclins à adopter une taxe carbone que les pays pauvres, ce qui est cohérent avec les résultats d'enquêtes d'opinion auprès du public (Andre et al., 2024). Cette réticence s'explique par le fait que les pays riches sont plus aptes à s'adapter aux conséquences du changement climatique.
Troisièmement, l'intérêt pour une taxe carbone dépend également de l'horizon temporel retenu. En effet, à court terme, la taxe carbone ralentit la croissance économique, mais elle la stimule à plus long terme. Ce résultat reflète deux forces opposées. D'une part, la taxe accroît le prix des énergies fossiles, ce qui freine l’accumulation du capital. D'autre part, en réduisant les émissions mondiales de CO2, la taxe accélère la croissance de la productivité, ce qui compense finalement l'effet négatif initial.
Le contenu de cette étude ne doit pas être perçu comme étant représentatif des opinions de la Banque centrale du Luxembourg ou de l’Eurosystème. Les opinions exprimées reflètent celles des auteurs et non pas nécessairement la position de la Banque centrale, de ses dirigeants ou de l’Eurosystème.
Ce cahier d’études est disponible sur le site internet de la BCL : www.bcl.lu